Texte traduit par Azimut230 avec l’accord de l’auteur Rym Nouioua, docteure en écologie, et de la Station Autrichienne des chauves-souris – Fledermaus Station, Österreich
La mort d’un enfant atteint de la rage au Canada est une terrible tragédie. Ce cas met en évidence l’importance de la prise en compte sérieuse de tout contact direct avec une chauve-souris, même quand il n’y a pas de morsure ou griffure évidente. Le grand public, tout comme les professionnels de santé, doivent en être correctement informés et conscients. La prophylaxie immédiate post-exposition peut éviter le développement de la maladie, si réalisée à temps.
C’est précisément en raison de la gravité de la rage qu’il est essentiel que les informations qui l’entourent restent factuelles, scientifiquement correctes, et raisonnables. Présenter les chauves-souris comme une « menace mortelle invisible » provoque un sentiment de peur, sans améliorer nécessairement la santé publique.
Il est important de comprendre que la situation de l’Amérique du Nord ne peut pas être simplement transposée en Europe. La rage des chauves-souris peut être provoquée par différents virus du genre Lyssavirus ; cela inclut le virus classique de la rage, mais aussi d’autres lyssavirus, dont beaucoup sont associés aux chauves-souris. Aux Amériques, les chauves-souris sont principalement porteuses du virus classique de la rage. En Europe en revanche, la rage retrouvée chez les chauves-souris est due à des lyssavirus qui leurs sont spécifiques, chacun étroitement associé à une espèce en particulier. Par exemple, environ 95% des détections européennes du « European Bat Lyssavirus 1 » (Lyssavirus Européen des chauves-souris, EBLV-1) sont liées à la Sérotine commune, et sa cousine proche la Sérotine isabelle. Dans certains cas, d’autres Lyssavirus européens des chauves-souris ont été détectés chez une poignée d’individus.
Cela ne signifie pas que le risque doit être ignoré, mais il doit être considéré de manière réaliste. Selon l’UNEP/Eurobats, seulement six cas humains mortels de rage causée par un lyssavirus transmis par les chauves-souris ont été documentés dans toute l’Europe à ce jour. Le risque est donc réel, mais la transmission aux humains est extrêmement rare.
Une chauve-souris vue pendant la journée, trouvée au sol, ou incapable de voler n’est pas automatiquement atteinte de la rage. Cette image, souvent utilisée pour illustrer le danger de la rage, est donc fallacieuse. Ces chauves-souris sont souvent blessées, épuisées, déshydratées, hypothermiques, ou simplement trop jeunes pour voler seules. Des chauves-souris au sol qui ne peuvent pas voler ne souffrent généralement pas de la rage.
Cela étant dit, un animal sauvage ne devrait jamais être manipulé à main nue. Une infection au lyssavirus de la rage ne peut être identifiée, ou exclue, simplement en observant un animal, et même une chauve-souris en bonne santé mais effrayée peut mordre pour se défendre si elle se sent menacée. La transmission de la maladie nécessite une contamination directe : une morsure, une griffure profonde, ou de la salive entrant en contact avec une blessure ouverte ou les membranes muqueuses de la bouche, du nez ou des yeux. La simple présence d’une chauve-souris dans un bâtiment, un grenier ou un jardin ne constitue pas une exposition à la rage.
Les personnes amenées à étudier, secourir et soigner des chauves-souris, que ce soit professionnellement ou bénévolement, sont vaccinées contre la rage. Si vous trouvez une chauve-souris qui semble en détresse, il ne faut ni la manipuler sans protection, ni l’ignorer par crainte de contamination. Contactez votre relai local pour la préservation des chauves-souris et de la faune sauvage, et écoutez leurs conseils.
Ce cas tragique devrait être une raison d’améliorer la sensibilisation médicale et de fournir un protocole clair pour permettre de répondre à des expositions potentielles, au lieu de stigmatiser un groupe entier d’espèces animales strictement protégées. Une peur qui n’émane d’aucune preuves scientifiques ne protège pas davantage le grand public, mais peut sérieusement porter atteinte aux efforts de conservation en faveur des chauves-souris.
Le risque ne doit jamais être minimisé. Mais il ne doit pas non plus être exagéré par un journalisme alarmiste. Une bonne information du public prend au sérieux les expositions potentielles, explique les mesures de protection appropriées, et dans le même temps met en perspective la rareté réelle de ces transmissions.
Une information précise protège à la fois les humains et les chauves-souris !
J’ai été mordu ou griffé par une chauve-souris, que dois-je faire ? Quand dois-je contacter l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire des Aliments (ANSES) à propos de la rage?
Si vous avez eu un contact direct potentiel avec une chauve-souris (par exemple, une morsure, une griffure ou un contact possible avec de la salive de chauve-souris), vous devriez immédiatement consulter votre médecin et vous rapprocher d’un centre antirabique.
En cas de doute : il est toujours préférable de se renseigner trop souvent que d’agir trop tard !
Plus d’informations :
https://www.anses.fr/fr/content/la-rage
Identifier vos relais chauves-souris locaux : https://www.sfepm.org/sos-chauves-souris.html
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