La période de mai à juillet est cruciale pour les chauves-souris : c’est le moment des naissances et de l’élevage des jeunes. Les femelles se regroupent alors dans des gîtes de mise-bas, où des dizaines d’individus élèvent leurs petits. Mais cet été, les épisodes de canicule sont venus bousculer ce calendrier fragile, provoquant une vague d’appels à la fois pour des chauves-souris en détresse mais aussi pour des problématiques de cohabitation.
Le réseau bénévole SOS s’est ainsi retrouvé submergé d’appels, et le centre de soin de la faune sauvage Faune Alfort a battu de tristes records d’admission.
Le coup de chaud se joue en effet sur deux fronts principaux :
- Urgence SOS : des jeunes en détresse
La chaleur extrême frappe de plein fouet les colonies, en particulier les espèces qui s’installent dans les combles, les fissures de bâtiments ou pire sous les tuiles, où l’air devient vite irrespirable. Face à cette suffocation, deux scénarios catastrophes se produisent :
- L’épuisement des mères : Déshydratées et devant parfois sortir plus tard pour chasser, elles peinent parfois à nourrir correctement leurs petits.
- L’abandon forcé : Pour fuir la fournaise, les mères peuvent chercher un gîte plus frais. Malheureusement, elles ne parviennent pas toujours à transporter leurs jeunes. Parfois, les petits essaient de suivre, n’y arrivent pas, et tombent.
Résultat : notre réseau SOS a été submergé d’appels pour des jeunes retrouvés errants sur des murs ou au sol. Restés dehors 24h ou plus, ces rescapés de la canicule arrivent en centre de soins faibles, déshydratés et parasités.
- Cohabitation : quand la recherche de fraîcheur crée des tensions
L’autre grand volet de cette crise est social. En cherchant désespérément à fuir la chaleur, les chauves-souris investissent le moindre recoin plus frais des habitations : coffres de volets roulants, vides sanitaires ou doubles cloisons. Dans leur quête d’une sortie, certaines s’introduisent même directement dans les pièces de vie.
Si le phénomène s’est calmé avec la baisse récente des températures, l’inquiétude, elle, est restée chez de nombreux particuliers. Les craintes de dégradations, de nuisances sonores ou de risques sanitaires restent fréquentes, et les personnes déjà éprouvées par la chaleur se trouvent confrontées à des inquiétudes supplémentaires, nourries par les mythes, croyances et idées reçues.
La pédagogie reste de mise dans ce cas : nos bénévoles se mobilisent patiemment pour tenter de sauver le plus de chauves-souris en détresse possible, et accompagner et rassurer leurs découvreurs souvent très angoissés avec humanité et pédagogie, expliquant que les chiroptères affaiblis ne cherchent qu’à survivre à la chaleur et sont inoffensifs. Heureusement, nombres d’appels se passent dans le calme après que les gens aient été informés et rassurés. La cohabitation pacifique, c’est aussi ça, partager un peu de fraîcheur.
Nora, coordinatrice bénévole du réseau SOS chauves-souris pour Azimut230 et soigneuse au centre de soin de la faune sauvage Faune Alfort
Crédits photo : Faune Alfort
